L'Echelle de Mohs / Solar Skeletons : split E.P. - Bruits de Fond 17 (2010)
Mardi, 04 Mai 2010 21:09

Attention : musique extrême.

Bruits de Fond choisit de nouveau la coopération, économiquement plus aisée en ces temps obscurs, et s'associe à Théâtre (Poitiers), Migouri (Poitiers), Saucisses Lentilles (Le Mans) et Aïnu (Montaigu) pour un split E.P. à ne pas mettre entre toutes les oreilles.

 

edm-disclp.jpg D'un côté, L'Echelle de Mohs, trio issu de la scène expérimentale de Poitiers déverse sa « France ferrugineuse » en deux parties. Deux torrents impétueux, rougeoyants et bouillonnants, saisis par Greg Pyvka en décembre 2008 au Carré Bleu, au cours d'une session improvisée qu'on imagine intense. Claire éructe, geint, s'époumonne. Son accordéon se tort. Fabrice frappe en tout sens, vrombit ou larsenne éperdument. Thomas (alias Tô, l'homme aux microcapteurs mystiques) déchaîne les harmoniques, fait hurler ses vieux vinyles, cracher les speakers. La tension monte jusqu'à l'étourdissement. Le déferlement s'arrête alors net. S'élèvent alors de douces stridences, soutenues par une basse en sourdine. Ca et là, des frémissements et grésillements. Subsistent pourtant quelques cahots, éclats de décibels. La possibilité d'une nouveau lâcher d'eau, l'impression d'un barrage qui ne demande qu'à céder. De la fissure à l'engloutissement, il n'y a qu'un cri.

 

 

 

 

 

 

 

edm-disclp-verso.jpg En face B, les Solar Skeletons semblent d'abord prendre le contrepied de leurs confrères poitevins. Tintements, flux et reflux. Une certaine langueur à laquelle on s'adonne volontiers à leurs côtés. Mais progressivement, de boucles synthétiques hors d'âge en canevas de cordes dissonantes, le son gonfle, semblant retenir l'inévitable. Blasphème, sacrilège. Damnation éternelle ? Le duo en semble convaincu. Et s'avère persuasif. D'où ce déluge qui s'abat sur nos pauvres oreilles endolories au beau milieu de la face. Grind ? Death ? Black ? Blast ! Quintuple pédalage et riffs saignants pour messe noire, exorcisme, bûcher et sacrifice de vierge. La totale. Enregistré dans leur studio désormais fermé, le Silent Block, « Lies and heresy » s'appréhende et s'apprécie, même, comme une jouissive descente aux enfers. Miroir de nos vies dissolues ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DOWNLOAD & STREAMING

 

 

 

 

Tracklisting :

A-L'Echelle de Mohs : « France ferrugineuse » (2 parties)

B-Solar Skeletons : « Lies and heresy »

 

 

Tirage : 500

Publication : mai 2010

Mastering : Frédéric Alstadt@Angström

Cut : YannDub@Reverse Studio (Rest in peace my friend)

Artwork : Mélanie Bourgoin

 

 

 

Labels partenaires : Theatre / Migouri / Saucisses Lentilles / Aïnu


Autres partenaires : L'Echelle de Mohs & KMF (thanks again !!!).

 

 

Points de vente :

http://www.metamkine.com

http://www.a-musik.com

http://www.adnoiseam.net/store

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http://www.juno.co.uk

http://atropinerec.free.fr/distro

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http://throatruinerrecords.bigcartel.com

Staalplaat (Berlin)

Space Hall (Berlin)

Music Fear Satan (Paris)

Bimbo Tower (Paris)

Transat (Poitiers)

Blind Spot (Rennes)

 

 

 

Chroniques / reviews :


Voilà un disque précédé d’une solide réputation de musique expérimentale, une réputation tellement envahissante et imposante que ça finirait par sentir mauvais, comme un gros tas de merde. De deux choses l’une : que l’on m’explique tout de suite et maintenant ce que signifie le terme expérimental dès qu’il s’applique à de la musique et que l’on m’explique aussi ce que je pourrais bien avoir à foutre d’une telle réputation, bonne ou mauvaise. Car ce disque est intriguant, au moins pour deux raisons : les groupes qui figurent dessus, à savoir L’Echelle De Mohs et Solar Skeletons, sont parfaitement inconnus et parmi la tripotée de labels impliqués dans cette sortie il y a en certains dont on a déjà parlé plus d’une fois ici – Bruits de Fond, Théâtre records, Migouri, Saucisses Lentilles et Aïnu records, donc une sacrée carte de visite.
J’oubliais : selon des sources bien informées (?), la musique expérimentale, dans un sens général et populaire, est un terme qui désigne généralement un ensemble de musiques se caractérisant par une large tendance à l'expérimentation [merci pour la tautologie], c'est-à-dire une exploration de nouveaux moyens techniques et artistiques souvent en dehors des conventions et des normes admises dans les musiques traditionnelles occidentales. Donc je résume : si tu fais un truc que personne d’autre n’a fait avant toi et/ou dont le résultat est du encore jamais entendu c’est que tu fais de la musique expérimentale. Exemples : John Cage qui intitule une composition 4’33 en référence à sa durée exacte et dont le principe est d’être une plage de silence assourdissant, Terry Riley composant les 53 motifs de base de In C, motifs que les interprètes de l’œuvre sont libres de répéter le nombre de fois qu’ils le désirent, John Lennon qui demande à George Martin d’enregistrer George Harrison au sitar et d’inclure les bandes à l’envers sur le titre Tomorrow Never Knows (dernière plage de l’album Revolver des Beatles, 1966), John Coltrane et Rashied Ali à corps perdu dans Interstellar Space, le Velvet Underground qui se lance dans les 17 minutes free noise de Sister Ray, FM Einheit qui joue du marteau-piqueur sur l’album Kollaps d’Einsturzende Neubauten, Lee Ranaldo et Thurston Moore s’accordant comme des patates sur des guitares à une corde, Mick Harris qui s’éclate à grands coups de blast beats, Oval jouant avec les accidents sonores des supports digitaux… tout ça, c’est de la musique expérimentale. À cette liste j’ai failli rajouter GG Allin hurlant qui se chie dessus tout en se faisant sucer sur scène mais non, ça c’est uniquement de la provocation.

On peut en déduire aussi que la musique expérimentale, ça n’existe pas si on considère que tout a déjà été fait et qu’à partir du moment où une idée a déjà été concrétisée et validée elle tombe dans le giron de l’acceptable. La musique expérimentale c’est ce que tes oreilles n’accepteraient pas pour d’autres raisons que des questions de goût mais en fait la musique expérimentale c’est surtout une terminologie très facile pour expliquer que l’on n’aime pas ou qu’au contraire on adore : beurk c’est nul, c’est la musique expérimentale ou c’est trop trop bien, c’est de la musique expérimentale et c’est cette deuxième option que je vais choisir pour cette chronique, évidemment.

Maintenant, on peut écouter ce disque. D’un côté on trouve L'Echelle de Mohs, trio d’improvisation bruitiste tendant vers la musique industrielle. Si vous êtes fan de bordel protéiforme et de capharnaüm à la Mouthus ou à la Dust Breeders, avec une bonne dose de freeture dedans (le premier titre) ou de choses plus reptiliennes et cauchemardesques qui feraient passer une mise en scène de David Lynch pour un épisode des aventures de Hello Kitty (deuxième titre), France Ferrugineuse comblera haut la main vos plus bas instincts et votre soif de sauvagerie intraitable. Exactement de la musique expérimentale comme je l’aime.
On retourne le disque pour découvrir Solar Skeletons dont ce Lies & Heresy n’est pas le premier enregistrement. Solar Skeletons est un duo de multi instrumentistes opérant dans un registre à priori nettement plus calme que ses petits camarades de L'Echelle De Mohs, plus narratif également. Mais les apparences sont trompeuses. Passées les ambiances brumeuses du petit matin après un bon sabbat de sorcières, rien de tel qu’un petit verre de sang frais coupé à de la rosée cueillie sur des buissons de genêt : on assiste patiemment au retour de l’ombre, à l’apparition de boucles bruitistes et de messages subliminaux invoquant le Malin, les gratouillis de guitare sont également de sortie et c’est parti pour une petite séance salvatrice de terreur généralisée et métallique. Vraiment de la très bonne musique expérimentale.
Un dernier mot pour parler de l’artwork de cet excellent disque, un artwork absolument magnifique et signé par Mélanie Bourgoin. Une raison supplémentaire pour ne pas passer à côté de ce split LP. Vivement recommandé, comme on dit.

Hazam - http://666rpm.blogspot.com

 

Ce split possède un (seul) véritable avantage : il tourne en 45rpm. Et termine donc plus tôt sa course que s’il tournait en 33. Après avoir dépucelé les deux sillons, on peut donc maintenant le ranger sur l’étagère, avec les « anomalies, curiosités et autres bibelots que l’on n’écoute jamais mais qu’il est toujours bon de faire semblant d’aimer et d’exhiber au cas où un ami aux goûts sûrs et pointus se perdrait au grenier », et l’y laisser prendre la poussière. Bon débarras. Pas si vite, on me fait signe qu’il faudrait peut-être aussi qu’éventuellement je parle de la musique (?) qui s’y trouve dessus. Alright, si vous y tenez, remets donc la face B, celle qui m’a semblé la moins douloureuse des deux - donc la moins bien ? Solar Skeletons (un duo, Ripit et Tzii, quatre mains dans la mélasse) est le syndrome même du groupe actuel qui s’évertue à composer des musiques de film tout en sachant pertinemment qu’aucun cinéaste ne voudrait jamais de leur cloaque sonore pour bousiller son court métrage d’une portée artistique sans limite. Avec l’indus-noise extrême et hautement expérimentale de Lies & Heresy (tel est le titre de l’œuvre), tu vois tout de suite le tableau : un train va tout droit. Des plombes durant. Dans le noir. Jamais il ne verra le bout du tunnel. Je ne sais pas si Godard a fini par le faire, ce film, mais je me souviens qu’il y a fort longtemps il avait parlé au très cher Michel Galabru d’un projet le mettant en scène lui, assis seul dans un compartiment, pour un Paris-Strasbourg qui aurait constitué l’essentiel de l’intrigue. En voilà enfin la bande son idéale. Le dénouement, celui lors duquel Galabru sort enfin son jambon-beurre et le dévore, fera tripper plus d’un gobeur de pastilles Vicks. Arrivé en gare, j’ai juste été content d’une chose : que Bästard, même lors de ses morceaux les plus ambient ou invisibles, ne soit jamais tombé dans des pièges aussi grossiers. Ici, répétitivité et minimalisme ne mènent que vers un ennui incoercible, comme quoi ce sont des armes plus dangereuses qu’on ne le croit, car utilisées sans classe et c’est une balle dans le pied, puis une dans l’autre. Tourne, vite avant qu’arrive le final électro-clash-apoplexique qui fera avaler sa langue à ta voisine (déjà) tétraplégique. On s’est déjà tellement bien fait chier l’anus avec une face que pourquoi ne pas immédiatement remettre ça avec l’autre ? C’est parti, ami maso, on monte à L'Echelle de Mohs. Pas trop haut, car il va vite falloir dégringoler avec un bruit pur qui aurait pu impressionner il y a vingt-cinq ou trente ans une poignée de touristes japonais ou un prof des beaux arts qui ne porte pas la barbe de La Monte Young par hasard. Ou quand l’avant-garde bruitiste d’une violence insoutenable est désormais à la rue complet, risible et consternante – à moins que je n’en aie pas saisi toute la part de génie, celle qui sera inévitablement embrassée par une ribambelle de losers assumés qui préfèrent toujours admettre adorer ce genre de fiente démesurée, juste au cas où ils risqueraient de passer à côté d’un truc au contenu intellectuel d’une valeur incommensurable ? Il faudrait demander le verdict final à un directeur de FRAC.

La pochette, elle, est magnifique, ce qui tendrait presque à prouver que ce disque est plus fait pour être regardé que pour être écouté. Pas moins de 6 labels se sont engagés à perdre leur argent sur cette sortie d’un inintérêt phénoménal.

Bil (la tête à Toto/10 !!!) - http://www.nextclues.com

 

"The untitled split collaboration between the French L’Échelle de Mohs and the Belgian Solar Skeletons is a strange and somewhat frustrating beast. On one side, L’Échelle de Mohs present two choice recordings of a ‘no-holds barred’ improvised session of sound experimentation: electro-acoustics, sampled field recordings, old recordings and voices are thrown into a melting pot and the result is “France Ferrugineuse”. This can certainly be seen as throwback to the days of early industrial music but the efforts are undermined by a lack of production which makes this cacophony less engaging than it could have been. On the other side, the Belgians Tzii and Ripit as Solar Skeletons deliver something rather unexpected for those that their debut “Necroethyl” 12” as reference. Gone is a certain Tom Waits ‘whisky and cigarettes’ vibe, exchanged by a metal-fuelled intense barrage noise which sounds quite coherent and somewhat harmonic (if such a term can be applied to controlled chaos)."

Miguel de Sousa (6/10) - http://www.connexionbizarre.net

 

"Une pléiade de labels français, pour la plupart originaires des alentours de Poitiers, se sont associés à la sortie de ce split entre deux formations, dont une poitevine bien sûr. Les labels sont Théâtre records, Bruits de fond, L'Échelle de Mohs, Saucisses Lentilles Records, Aïnu et Migouri. Rien que ça. Les formations donc : L'Échelle de Mohs, trio noise de Poitiers. Vous avez déjà pu lire des chroniques des disques solo de Fabrice favriou ou de Thomas Tilly (TÔ) dans ces mêmes colonnes. C'est accompagné de la chanteuse et accordéoniste Claire Bergerault qu'on les retrouve, Thomas et son dispositif de micros de contact, haut parleurs et disques vinyles, Fabrice Favriou à la guitare, batterie et objets. Leur titre en deux parties, "France Ferrugineuse", attaque pied au plancher avec une impro totale toute en déflagration noise, sur une batterie très free, une voix plaintive et des boucles de vinyles assez post-indus, le tout dans un esprit rock déglingué. Ces boucles viennent "apaiser" l'atmosphère en plein milieu de la bourasque, avant de repartir au combat pour une deuxième partie sur les nerfs, prête à cogner sur tout ce qui bouge, dans un road-movie qui virerait au cauchemar. Ces trois là mettent les mains dans le cambouis et ça s'entend. Du très bon. En l'écoutant dans cet ordre, dur, dur pour Solar Skeletons de passer après cette tornade. Il me semble que c'est un duo de Bruxelles, armé, et ça c'est sûr, de synthés Kawaï, Korg Ms20, trompettes, batteries, voix, samples... Tout une artillerie au service d'un krautrock un poil électro, munie d'ambient lo-fi et de guitares répétitives assez shoegaze d'une part. Le problème c'est qu'on a entendu ce genre de choses à maintes reprises, bien souvent rangées dans le bac électronica. De Seefeel à Fourtet par exemple. Leur contribution à ce split intitulé "Lies & Heresy" se terminant d'autre part, sur une techno assez dark, braillard comme du Atari Teenage Riot. Vraiment, mais alors vraiment pas mon truc. Ça me donne plutôt envie d'aller écouter un bon vieux Ministry et d'oublier vite ce que je viens d'entendre. Dommage."

Cyril Lanoë - http://www.revue-et-corrigee.net

 

"(...) Plusieurs labels (Theatre RecordsBruits De Fond Records, Saucisses Lentilles Records, Aïnu Records et Migouri Records) se sont donc associés pour sortir ce split entre L’ECHELLE DE MOHS et SOLAR SKELETONS. Merci les mecs. De la musique improvisée, bruitiste, violente, sèche comme un coup de pelle en pleine tête. Ca bruisse, ça crisse, ça hulule, c’est violent et nihiliste, expérimental et jusqu’au-boutiste. C’est pas le genre de musique que tu écoutes au réveil. ‘fin sauf si tu bouffes de L’ACEPHALE au petit-déjeuner (...)"

http://recordsarebetterthanpeople.tumblr.com

 

"This split release put out in collaboration with more than a few labels needs to be seriously turned up and eq-ed, as especially the a-side sounds extremely muddy. L’echelle de mohs has two tracks on the a-side, with the second one veering between extreme noise and drones. Solar Skeletons’ track opens up with subtle chimes and enigmatic vocals, then builds to a warped repetitive post-rock reminiscent groove. The second segment of the b-side is an intense cacophony of extreme noises and full throttled vocals pushed forward by repetitive beat loop and somewhat less interesting guitar element. As always, Solar Skeletons create some serious intensities."

Nemeton - http://datacide.c8.com